Where is Marieshka?

Rédigé par Mooshka - -

Depuis plusieurs mois, ça n'allait pas. Et ça n'allait toujours pas. Ça ne passait toujours pas. Pire que ça, cela ferait bientôt plus d'un an que ça n'allait pas. Que ça ne passait toujours pas.

Venir ici aurait pu être un recours comme un autre. Mais c'était devenu le seul recours. Parce qu'il n'y avait plus personne. Progressivement, tout le monde a commencé à disparaître.

En se replongeant dans la documentation, espérant secrètement tomber sur quelque chose qui aurait pu tout expliquer, tout élucider, le constat a été fait que la dernière fois que ça allait, que ça allait vraiment, c'était l'été 2017. Et l'été 2017 était censé durer toute la vie, mais voilà que l'été 2019 s'annonce tout aussi problématique que l'été 2018. Il ne le sera pas pour les mêmes raisons. Mais il le sera parce que quelque chose persiste, que la tête de méduse se remet à crier et que la colère gronde. L'insurrection qui vient et la colère qui gronde. Voilà comment l'article aurait pu s'appeler. Voilà comment il s'appelait encore ce matin.

Quelque chose de nouveau était arrivé. Une notion nouvelle avait commencé à prendre place dans le vocabulaire des assemblées générales intérieures. L'incapacité à pardonner. Voilà, c'était ça.
On était en colère contre tout le monde, tout le temps, pour tout. Et on était incapable de pardonner. Il n'y avait plus de place pour ça. C'était trop tard.
Parce que des fois, on avait réussi à le formuler. Des fois, on avait réussi à le dire : "Appelle-moi parce que j'ai besoin d'aide. Appelle-moi parce que ça ne va pas."
Mais le téléphone était resté silencieux. Et personne n'avait jamais appelé. Alors on avait tout envoyé balader. Fini les promesses qu'en 2019 on allait tous prendre soin les uns des autres. Fini la solidarité. Fini le fait d'être ensemble. Fini l'année 2019 qu'on allait faire avec les copains. Parce que les copains, il avait tous disparu progressivement. Parce que les copains, on avait continué à ne pas les appeler et les copains, ils avaient continué à ne pas appeler.

Ce n'était plus la tristesse d'avoir le sentiment de se retrouver sur le bas côté. C'était la rage d'avoir eu l'illusion que ça pourrait changer et s'améliorer. C'était la colère d'y avoir cru, de l'avoir voulu alors que c'était perdu d'avance et d'avoir été toute seule à y mettre de l’énergie.

La tête de méduse avait commencé à montrer son visage et il n'était plus question de la taire ni de la bercer. Parce qu'il n'était plus question de protéger les autres.

Et c'est injuste parce que c'est faux. Et au fond, on sait bien que c'est faux. Parce que la colère amène à tenir des propos irrationnels, déraisonnés et déraisonnables, mais cela faisait déjà un moment qu'on avait quitté le chemin de la sagesse. Parce que Marieshka avait disparu et que la tête de méduse avait pris de plus en plus de place.
Et c'est injuste parce que c'est à cause d'une ou deux personnes, pas tout le monde. Et c'est injuste que tout le monde trinque à cause des mêmes.

Alors il y avait cette colère qui grandissait de jour en jour et les autres qui n'appelaient toujours pas. Et c'est injuste parce que ce n'est pas tout à fait vrai. Seulement c'est ce que la tête de méduse essaye de faire croire à Marieshka et cette tête de méduse, on apprécie de plus en plus sa compagnie. Parce que tandis que les autres ne sont pas là, la tête de méduse, elle, elle est là, et elle répand son venin.
Alors on est en colère contre tout le monde, tout le temps, pour tout. Et on est incapable de pardonner quoi que ce soit à qui que ce soit.

Au fond, c'est une sorte de revanche contre soi autant que contre le reste du monde. C'est la tête de méduse qui est en train de dire à Marie, Mooshka, Marieshka et toutes les autres : "Regarde toutes ces années que tu as passé à pleurer et à te sentir triste à cause des autres. N'en as-tu pas marre ? N'as-tu pas envie de te venger et de devenir nocive ?"

Et c'est cet amour-propre qu'on a passé tant d'années à mettre sur pieds qui est en train d'être balayé à coup de tornades par du ressentiment et de l'aigreur. La joie de vivre a disparu parce que Marieshka a disparu. Où, quand, comment et pourquoi ? Cela faisait plusieurs mois qu'on se posait la question. Pire que ça, cela ferait bientôt plus d'un an qu'on se posait la question.

Les décombres de 2018 étaient toujours là. Étaient-ils seulement jamais partis ?

La tête de méduse était en train d'isoler Marie, Mooshka, Marieshka et toutes les autres. Faisant disparaître progressivement tout le monde. Il n'y avait plus que la tête de méduse à qui parler. Il n'y avait plus qu'à la tête de méduse qu'on pouvait raconter ses petits tracas et ses grands chagrins. Et c'était trop tard pour appeler à l'aide. C'était trop tard parce que personne n'avait répondu. C'était trop tard parce que personne n'avait été. Et c'est injuste parce que ce n'est pas tout à fait vrai. C'est même faux. Mais il y a tellement de colère à l'intérieur qu'on est devenue complètement aveugle. Il y avait tellement de colère à l'intérieur qu'il n'y a désormais plus que du venin qu'on peut cracher pour s'adapter au monde extérieur. Vivre dans le venin permanent.

La tête de méduse avait commencé à montrer son visage au reste du monde. "Oh, le regard noir."
Tout ce temps, elle s'était nourrie des déceptions et de la tristesse de Marie, Mooshka, Marieshka et toutes les autres. Petite avait disparu. Remplacée par la tête de méduse. Pétasse et pédé avaient disparus. La tête de méduse avait montré son visage pour la première fois. Marooshka était en train de disparaître. La tête de méduse n'était jamais très loin. Luna avait sans doute été la première à invoquer la tête de méduse. Suivie de Suzanne. Duppynosaure résistait très fort. Duppynosaure y arrivait très bien. Au compteur, Duppynosaure était sans doute la seule à tenir bon. Combien de temps Kid allait tenir ?

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