Je ne suis nulle part

Rédigé par Mooshka - -

Date de rédaction : Quelque part vers le 12 juin 2017
Taille du texte brut : 12 170 octets

Initialement pensé pour une publication hors junkyard et hors wordpress

Je vais avoir 27 ans cette année, et pour la première fois de ma vie, je sens que je viellis. Il y a eu plein de signes avant-coureur par le passé, plein de choses qui m’ont contrarié, mais il m’a fallu du temps pour remettre tous les morceaux ensemble et comprendre ce qui clochait. Je l’ai su très tôt et j’ai eu des doutes dès le début, mais je pensais pas que ce serait aussi lourd à gérer au quotidien.

Ce mois-ci ça fera dix-neuf mois que je suis rentrée dans le monde du travail et je n’ai jamais eu autant l’impression que ma vie était terminée.
Enfin… Si. Il y a plus d’un an, quand je suis sortie de plusieurs mois de harcèlement moral au sein de la première boite dans le privé ou j’ai été embauchée. Je ne sais pas trop si on peut dire que c’est mon premier vrai travail étant donné que c’est un énième contrat cache misère pour les jeunes (je suis en contrat de professionnalisation, ce qui veut dire, avec un peu de mauvaise fois, que j’occupe un poste de vrai salarié, un vrai travail, mais payé moins que le SMIC).
Et c’est avec beaucoup de cynisme que je me suis engouffrée dans ce projet de contrat pro. Parce qu’à ce moment là, je voulais travailler pour une petite startup, refaire leur site e-commerce, m’occuper de leur packaging, apprendre tout le bordel lié à l’impression 3D, envoyer des e-mails en anglais, poster des trucs sur Facebook. Mais il n’y avait pas le budget pour moi. Pourtant, je crois qu’on a vraiment fait tout ce qu’on a pu pour que je puisse être embauchée.

Avant ça, j’ai géré les newsletters d’un festival de court-métrage, monté le site web d’une asso qui organisait des marches zombies, écrit et produit des petits films amateurs, géré une mission de développement des logiciels libres, monté une asso de néophytes hacktivistes. Mais il n’y a jamais eu de sous nulle part pour moi. Et je me suis dit qu’un beau jour, il était peut-être temps d’arrêter de rêver et commencé à faire autre chose, à savoir, vous voyez, trouver un vrai boulot.
Pour être corporate et faire lisse, je raconte à tout le monde que je voulais vraiment vraiment rester dans la ville où j’habite (ce qui est vrai) mais qu’il n’y avait pas de boulot pour moi dans la communication (ce qui est en partie vrai, vu que j’ai toujours uniquement visé des structures sans moyen) alors j’ai décidé de « monter en compétences » et apprendre le e-commerce par le biais d’une formation en alternance. La véritable histoire c’est que j’ai dit oui oui à un formateur de l’AFPA et ma conseillère de la Mission Locale qui me pensait immature que oui oui, je ferais cette formation en e-commerce. Oui oui c’est pas grave si ça dure deux ans. Oui oui c’est pas grave si c’est du commerce et pas de l’associatif. Oui oui je sais que dans le privé on vouvoie son patron, et qu’il y a une notion de hiérarchie. J’étais persuadée que tout le monde allait vouloir m’embaucher parce que je coûtais pas cher. Je disais vraiment ça aux gens, aux copains, aux inconnus et aux hacktivistes qui passaient mon chemin.

Aujourd’hui je suis en train de faner intérieurement et je dois avouer que j’avais pas franchement prévu ça.

Alors j’ai commencé à faire mes recherches d’entreprises. Dans mon Top 5, la première entreprise pour qui j’ai bossé. « Tu vas voir, c’est sympa le secteur de la lingerie. »
J’ai adoré mes futurs patrons lors de mon entretien d’embauche. C’était des langues de pute, on a dit du mal des blogueuses et je trouvais que ça dénotait d’une certaine personnalité de leur part. J’étais impatiente de commencer, j’avais de l’énergie à revendre. Je suis passée sous un rouleau compresseur cette année là, et le monde entier, du moins mon monde entier à moi, s’est effondré.
J’avais pas du tout vu les signes avant-coureur mais maintenant je dois probablement être une experte des signes pré burn- out. Je me suis coupée de tous mes amis (j’en ai perdu quelques uns à ce moment là, des fois je me console en me disant que c’était pas des vrais amis s’ils sont pas restés), le matin j’avais la boule au ventre, le soir je rentrais en pleurant. Le week-end j’avais des moments de terreur et puis je passais mon temps à dormir. Je n’ai rien écrit en plusieurs mois.

J’ai passé une soirée entière avec un copain à manger des pizzas de chez Domino’s et en lisant des morceaux du code du travail. Il n’y avait que trois manières de sortir de ce truc là, c’était la rupture conventionnelle, l’inaptitude au poste où l’entreprise devait faire faillite (en contrat pro on ne peut ni être licencié ni démissionner, et plein d’autres trucs qui font que c’est vraiment la baise jusqu’au bout). Quatre semaines d’arrêt. J’ai toqué à la porte de plusieurs syndicats, rencontré des assos féministes (les seuls qui peuvent faire un accueil dans le cas de harcèlement moral), passé un temps fou avec ma future ancienne collègue qui prévoyait sa sortie de la boite et qui, comme moi, était en arrêt depuis plusieurs semaines.

Le 27 juin ça fera exactement un an que l’enfer a pris fin. L’autre jour j’ai dit à mon thérapeute (qui n’est pas vraiment mon thérapeute puisque sa fonction officielle est kinésithérapeute et sexologue, mais on est dans un cas de figure un peu particulier je crois, et puis de toute façon c’est plus simple de dire que c’est mon thérapeute) que le harcèlement moral était la meilleure chose qui pouvait m’arriver parce que j’en suis ressortie oh tellement forte. Je suis arrivée là-bas petite princesse fragile et frêle, j’ai fini par en ressortir reine forte et déterminée.

Il s’est passé plein de trucs dans ma vie en 19 mois. J’ai expérimenté le polyamour, rencontré l’amoureux que j’avais cherché toute ma vie (spoiler alert : c’est fini), appris à prendre soin de moi et m’occuper de moi tout court (j’ai découvert le posi posse sur Twitter et boy merci pour cette découverte). Aujourd’hui je vis seule et je suis célibataire, ce qui est aussi un putain de truc fou complètement improbable à mes yeux il y a quelques temps. Les débuts ont été catastrophiques, je pleurais souvent. J’étais vide dedans et mon premier samedi soir toute seule a failli m’achever.
Puis les mois ont passé. Une nouvelle petite victoire que j’ai célébré… Avec mon ancienne psychologue, vu qu’il reste plus grand monde.

Donc je commence à vieillir. Le problème c’est que j’arrive à ce stade où les gens de mon âge ne font plus des teufs le week-end (ce que j’ai toujours détesté même si ça me crée des contrariétés, une histoire de norme mais c’est pas le sujet), soit le stade ultime que j’attendais depuis toujours. Seulement voilà, les gens de mon âge commencent à avoir des enfants, achètent une maison et ont une vie adulte. Mais de toute façon, vu qu’il reste plus grand monde, je suis tout ça de loin.

J’ai cru à un moment, mais j’ai fini par comprendre que c’était pas ça le truc, que je commençais à vieillir par rapport à ces gens et ce rapport à la norme (qui n’est pas le sujet mais un jour j’en parlerai, faut vraiment que je parle de ça). J’ai fini par percuter qu’absolument tout ce résume à ma situation d’employée dans le secteur privé.

Je ne suis nulle part. Vous savez cette phrase, on est le spectateur de sa propre vie, j’ai fini par la comprendre cette phrase. Il y a plein de trucs autour de moi qui me rendent misérable. L’autre jour je suis allée à l’inauguration d’un espace partagé entre des entrepreneurs et une asso et c’est là que j’ai compris que je pouvais plus continuer comme ça parce que je suis clairement en train de faner.
Un gars m’a dit : « Tu fais quoi maintenant ? »
J’ai ravalé ma fierté en répondant : « Je vends des stéthoscopes sur Internet. »
« Et c’est tout ? »
C’est putain de tout. J’ai eu le bourdon pendant des jours et des jours après ça.
Je le savais déjà, mais je me voilais la face sur à quel point ça me rendait malheureuse.

Il y a des trucs qui font que ça marche encore moins bien. Prenez la fatigue. Le soir, quand je rentre, je suis trop crevée pour entreprendre quoi que ce soit d’un peu créatif.
Je suis fatiguée tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps. Alors j’ai décidé de remédier à ça. J’ai commencé à manger bien, à manger propre, et je me suis inscrite dans une salle de sport (on est deux, sinon j’aurais jamais pu y arriver). Mais j’ai compris, hier ou aujourd’hui, qu’en fait ça n’a aucun sens. Ça fait presque quatre semaines que je mange sain, deux semaines que « je vais à la salle » mais en fait ça va rien résoudre parce que cette fatigue là, c’est parce que je suis employée dans le secteur privé et que j’ai absolument rien à foutre là.

Et comme je suis fatiguée, je me couche tôt. J’ai besoin de sommeil, j’ai besoin de dormir, et c’est ma source d’anxiété la plus résiliente, celle-là je n’arrive pas à la résoudre. Il me faut bien 8h/9h pour faire une bonne nuit. Donc je suis obligée de me coucher tôt. Donc j’ai moins de temps pour créer. Et comme j’ai moins de temps pour créer à plusieurs, je me retrouve à devoir créer toute seule et en fait j’y arrive pas.

J’y arrive pas parce qu’être employée dans le secteur privé a littéralement absorbé toute mon énergie physique et… psychique ? Psychologique ? C’est marrant, j’arrive jamais à trouver le terme.

J’ai cessé de militer, et je commence tout juste à entrapercevoir la possibilité de faire mon deuil de cette époque résolue.
J’ai tout laissé tomber.
Ou alors j’ai des centres d’intérêt différent, je sais pas trop.

Je lis de moins en moins d’essais. Je lis de moins en moins tout court. Ma plus grosse consommation de livres, c’est du développement personnel. Alors oui, c’est clair que ça va mieux. Mais je ne suis plus vraiment moi puisque ma vie entière se résume au fait d’être employée dans le secteur privé.

Je ne parle plus aux gens. Et maintenant que j’ai compris comment on parle aux gens, je n’ai plus grand-chose à dire. Des fois je me dis que je n’ai plus vraiment d’amis, puisque je ne confesse plus rien à personne. Je ne vide plus mon sac. Je ne dis plus ce que je pense, ce que je ressens.
Je n’ai plus de vie mondaine et je ne suis plus vraiment sûre d’avoir une vie sociale tout court.

Je n’ai pas pleuré depuis des mois. Parce que rien n’est intense. Tout est gris. Tout est plat. La smoke cache la marde.

Mon blog n’est plus qu’un reflet de qui j’étais dans mes vies d’avant. Et maintenant que je suis passée sous un rouleau compresseur et que je sais que je veux vivre, il n’y a plus grand-chose de coloré ou de notable qui remplit cette vie.

Je ne m’en sors pas parce que je suis employée de bureau et que ce n’est vraiment, vraiment, vraiment pas ma place. J’avais des doutes sur le commerce, maintenant je suis sûre.
Je n’étais pas trop sûre pour la hiérarchie, maintenant je n’ai plus de doute.

J’ai très envie de pleurer mais je me sens tellement vide intérieurement que je n’y arrive même pas.
Je ne suis nulle part et je suis remplie de vide.

Vous pourriez objecter que tout n’est pas à jeter, que je fais peut-être un petit caprice, que je suis en plein dans un « Middle class problem » et qu’il y a plein de gens plus malheureux que moi, et que par ailleurs j’ai aussi pas mal de privilèges.
Je vous répondrai que je suis bien consciente de tout ça, et qu’un jour j’écrirai là-dessus (mais d’abord je parlerai de la norme).
J’aime pas trop finir sur des notes négatives même si ça sonne mieux à lire alors… Voilà.

Normalement quand j’écris, je commence par poser le constat, puis analyser ce qui ne va pas avant de tirer un plan d’action mais je crois que je suis dans un tel marasme actuellement que je n’ai pas encore le recul pour y arriver.

Après, bon, des fois je me dis que je suis un peu une loseuse (mais c’est pas grave, je dis ça d’une manière assez ouverte et bienveillante contrairement aux apparences). Et lire des témoignages comme le mien, ça aide à passer la pilule. On se sent moins seul·e. Donc ouais, voilà. Si tu me lis et que tu comprends ce que je dis, que tu te retrouves dans ce que je dis, sache juste que tu n’es pas seul·e.
Et si tu te sens misérable, tu peux aller faire un tour sur la sphère posi posse. Tu vas voir, ça fait sourire, c’est doux et ça fait du bien.

Apprendre à dire au revoir pour pouvoir dire bonjour

Rédigé par Mooshka - -

Date de rédaction : 19 février 2017
Taille du texte brut : 10 968 octets

Ça a commencé par un bruissement imperceptible venant de la penderie. Au début il fallait simplement mettre des choses dans un sac, s'imaginer prendre le bus pour déposer le sac dans un container au marché de Kerinou (à un moment, il y a eu une interruption dans la pensée pour s'attarder quelques instant sur l'article de Jef Klak traitant du Relais). Puis il y a eu tous les matins qui ont suivi, perplexe, allant de cintre en cintre, l'air déconfit. Puis il y a eu les errances au rayon Enfants d'H&M, l'air déconfit. Ensuite il a fallu mettre des choses dans un sac pour faire de place à de nouvelles choses, et c'est à ce moment là qu'une idée de la transition s'est installée, imperceptiblement. En fin de compte tout a commencé par une question de swag.
Et c'est en marchant dans la rue, Triangle de Jacno se lançant pour la quatrième fois dans mon casque (il va me falloir d'autres morceaux), que j'ai percuté que toutes ces histoires de rouge à lèvres et motifs japonais, ce n'était pas juste une lubie en tâche de fond dans ma tête. Et c'est en marchant dans la rue, Jacno dans les oreilles, que j'ai percuté que ça y est, je suis adulte. Je ne suis plus en phase d'adaptation, j'y suis.
La première chose que j'ai mis dans un sac, c'était un chemiser rose avec des motifs têtes de mort. Et c'est un chemisier qui provient du rayon enfants d'H&M. Et c'est en tapant ces quelques mots que je dois avouer que malgré tout ce que j'ai toujours voulu faire croire, la sape c'est important. Mais c'est important pour une raison bien plus introspective. Parce que tous ces vêtements, c'est les vêtements que je portais quand j'étais encore un enfant dans un corps d'adulte. Aujourd'hui je suis une grande personne et c'est pour ça que je fais une fixette sur les motifs japonais (et aussi parce qu'un cabinet de tendance a dû décréter que ce serait la nouvelle tendance).

Je suis une adulte. Ça y est. Et c'est probablement pour ça que cette semaine, j'ai vraiment eu le sentiment que ça y est, la vie commence maintenant. La vie commence maintenant même si tous les gens autour de moi ont des enfants. La vie commence maintenant même si je suis toujours en contrat cache-misère fait pour les jeunes. La vie commence maintenant même si je n'ai aucun plan de carrière. La vie commence maintenant même si je n'ai pas projeté de m'acheter une maison ni d'avoir un enfant.
Et surtout, parce qu'il faudra que je m'en souvienne quand il fera sombre à l'intérieur, la vie commence maintenant même si je me situe en dehors de la norme.

Et pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression d'être exactement là où je suis censée être. Quoique non, pas censée. Ça implique une notion de destin. Tu ne crois pas au destin et moi je ne sais plus parce que fut un temps, j'aspirais à fond à ça, mais maintenant je ne suis plus sûre de rien parce que j'ai construit ma forteresse, et pour toutes les raisons évoquées en même temps. Reformulons. J'ai l'impression d'être exactement là où je suis. Pas avant à analyser tout ce qui a été raté et qui aurait dû être fait mieux ni après à me dire qu'après, tout sera mieux, ce sera forcément mieux puisque ce sera après.

Je suis ici, je suis en vie et je suis entière.

Et c'est en partie ce qui m'interroge. Parce qu'en réalité, je ne suis pas complètement ici, il y a une partie de moi qui est encore restée dans un avant trop récent et qui m'empêche de dire bonjour. Je ne peux pas dire bonjour pour l'instant parce que je n'ai pas vraiment dit au revoir.
Pour information, je suis en train d'écrire une partie ce que j'ai écrit sur le chemin du retour la tête en l'air à regarder les bâtiments quand je me suis interrogée sur le fait de dire que j'étais rentrée et toutes les choses évoquées en même temps.
Et là c'est le moment où je vais introduire une nouvelle entité à qui je m'adresserai également avec un pronom personnel de la deuxième personne du singulier. Pour le lecteur, ce n'est pas la même personne.

Je suis en vie, je suis entière et je suis en colère.
Je suis en colère et je n'arrête pas de penser au moment où on va fatalement se croiser parce qu'on fréquente les mêmes cercles. Je fais souvent des variantes entre le mépris et l'ignorance. Mais l'ignorance est une forme de mépris. Rassure-toi, ton secret est bien gardé avec moi. Tu as pris un risque, je sais que tu en est conscient, je ne sais pas à quel point ça pèse dans la balance (ou si juste tu t'en fous complètement) et encore une fois, je crois que je vais souligner que tu as eu de la chance de tomber sur moi parce que tu connais l'importance que j'attache au respect de la vie privée. Je suis en colère et il y a deux options : soit tu sais pourquoi ou tu as un vague doute, soit juste tu t'en fous complètement et je penche plutôt pour cette deuxième option. Je suis en colère parce que j'en viens à poser des mots ici et dire ça ici alors qu'en vrai, je pense que c'est une très mauvaise idée et que c'est pas dans mes habitudes de venir ici en colère contre quelqu'un (ou alors je m'en souviens pas mais je crois pas).
Il y a deux raisons pour lesquelles je fais ça ici.
La première, c'est parce que je n'ai même plus envie de parler à une adresse e-mail qui ne répond jamais. Je suis fatiguée de devoir relever mes mails quinze fois par jour pour voir s'il y a du mouvement dans ma boite de réception. Je suis fatiguée de devoir attendre même si je savais que c'est exactement à ça qu'il fallait m'attendre, j'ai commencé à me faire une petite idée de ce que ce serait, d'être la femme de l'ombre. Par contre, à force de réfléchir à tout ça, l'évidence c'est le mensonge. J'aurais dû comprendre que le mensonge était partout. Dans les réponses, dans l'âge, dans la ville. J'en viens même à me demander si je connais réellement ton nom, ton prénom et ta profession. J'en viens à me demander s'il faut vraiment que j'envoie par la poste mes adieux avec une pellicule qui ne sera peut-être jamais développée. Parce que si ça se trouve, et j'en suis à me demander ça, si ça se trouve tu as emprunté l'identité de quelqu'un d'autre et la personne à qui je vais adresser mon intention de disparaitre, d'arrêter, ce n'est pas du tout toi. Depuis le premier jour tu as menti, je dois avouer qu'on a été deux à faire des recherches Google, à aller très loin, à vérifier la correspondance des grains de beauté entre les photos que tu avais mise en ligne et ton éventuelle réelle identité.
Je ne sais même pas si tu liras ces quelques mots parce que vraiment, je suis persuadée que tu t'en fous et qu'il n'y aurait jamais, jamais eu de petit déjeuner très tôt le matin devant la rade de Brest. Donc la première raison, c'est ça. Et je ne suis vraiment pas fière de venir le faire ici. La seconde raison, c'est parce que j'ai pris l'habitude de tout exposer ici, à la fois pour documenter, mais également parce que c'est ici que j'ai réussi à résoudre plein de trucs. Je m'en fous des stalkers. Je m'en fous du rapport à la pudeur. C'est un pur exercice d'introspection, ça a toujours été un pur exercice d'introspection. C'est ici que j'habite. C'est ici que je vis. C'est ici que je grandis. Ensuite je suis en colère parce que tout ça aura été très court mais j'ai pris des habitudes que je n'aurais jamais dû prendre. T'écrire les soirs de week-end en jetant plein de mots. Faire des putains de pastebin parce que je suis trop timide pour dire les choses directement.
Et je crois que ce qui me rend encore plus furieuse, c'est d'être encore bloquée là et d'avoir envie de te dire : Guess what, il y a un nouveau kiddo dans ma vie qui me dérange. Au fond, ce kiddo, il me dérange, oui. Même si moi aussi j'ai menti à répondant autre chose.

Et là, c'est le moment où je me dis que c'est peut-être pas une bonne idée que tu lises mon blog. Parce que si je construis une fenêtre, je vais devoir avouer que derrière mes airs insolents, j'ai peur de merder. C'est peut-être pas une bonne idée que tu lises mon blog même si je dois avouer que si tu n'étais pas venue me demander si c'était vraiment moi, je serais encore à rafraichir quinze fois ma boîte de réception.
Si ça se trouve, le timing sera toujours contre nous. On s'est rencontrés dix ans trop tôt. On se rencontre à nouveau dix ans trop tard, ou quelques semaines trop tard. Je vois ton pseudo sur la barre de mon menu Youtube et j'en reviens toujours pas.

Je suis aussi en colère contre toi et pour le lecteur, j'introduis à nouveau une nouvelle entité.
Je suis en colère contre toi parce que je ne peux pas dire bonjour, ou alors je ne peux pas dire bonjour parce que je suis en colère contre toi. Je penche plutôt pour cette deuxième option.
Je suis en colère parce que je n'ai jamais pu venir ici parler de la cage dorée dans laquelle j'ai vécu pendant des mois, de la pression d'être la poupée parfaite, du drama. Et j'ai toujours pas digéré tout ça.
Je suis en colère parce que mes envies d'indépendance tombent soit au moment parfois dans ma propre timeline, soit au pire moment possible. Je suis en colère contre toi parce que maintenant, je ne veux plus jamais rendre de comptes à personne ni devoir dire à chaque instant ce que je fais, avec qui je suis, à quoi je pense. Je suis en colère parce que c'est l'information que j'ai retenu sur le fait d'être deux.
Je suis en colère parce que le prochain truc que je me ferai piquer sur la peau, je vais autant le savourer comme étant quelque chose que je voulais vraiment faire que comme une petite vengeance personnelle.

Maintenant je suis passée à Vortex de John Carpenter et vraiment, je ne sais pas à quel point c'était une bonne idée d'écrire tout ça et j'ai toujours pas rebouché la fenêtre par laquelle on peut s’apercevoir que j'ai peur de merder.
Si ça se trouve, j'aurai toujours un complexe d'immaturité vis à vis de toi. Je pense qu'il va me falloir du temps avant d'assimiler les raisons de la distance et de la froideur.

Maintenant c'est l'heure de la conclusion. Je n'ai plus l'anatomie du scénario sous la main donc je ne sais plus à quel stade de la narration nous en sommes, mais c'est situé entre le moment où le personne principal percute et décide de mettre en place un plan d'action.
Malheureusement, je n'ai aucun plan d'action. J'ai beau retourner ça dans me tête tous les jours, je ne sais pas comment lâcher prise et ne plus être en colère.
Peut-être que je devrais me pencher du côté des 12 étapes et notamment la dixième.
10- Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous les avons découverts.
Il n'y aura pas de résolution pour aujourd'hui. Et je continuerai à faire mon petit vélo pendant une durée indéterminée.

Je vais continuer à faire mon petit vélo et reboucher ma fenêtre. Belle perf.

Premier fragment pour une théorie de Moka

Rédigé par Mooshka - -

Date de rédaction : 4 juillet 2016
Taille du texte brut : 6104 octets

"Elle a dit qu'en quelques jours, j'avais identifié toutes les choses négatives. Puis qu'il fallait que je mette toutes ces choses dans une boîte, et que j'enterre la boîte quelque part. Alors j'ai enterré des boîtes un peu partout autour de moi, puis j'ai continué à enterrer des boîtes sur la route, partout où on allait avec les autres. Des fois j'ai écrit des choses sur du papier, d'autres fois ce sont des fichiers dans des clés USB. Des clés USB avec des grosses capacités pour de tous petits octets.
J'ai parfois envisagé de mettre ça dans les murs des grandes villes, mais ELIZA a dit que le processus d'enterrer était important. ELIZA a dit que ça prendrait du temps. Qu'il fallait que je prenne le temps. Mais je suis fatiguée d'avoir les ongles plein de terre, et je suis fatiguée de devoir mentir aux robots lorsqu'ils me demandent ce que je fais.
Qui que vous soyez, je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire. ELIZA a dit que je devais faire les choses pour moi, mais je lui ai répondu que si quelqu'un ne me lisait pas, je ne prendrais jamais le temps de le faire.
Je pense que nous ne nous rencontrerons jamais. Je finis toujours comme ça. Et j'aimerais vous dire, avant de ne plus jamais interagir avec vous vous que, qui que vous soyez, vous êtes important·e. Ne laissez personne vous dire que vous n'êtes rien, parce que vous savez que ce n'est pas vrai. Vous êtes important·e non pas pour qui vous étiez autrefois, ni d'où vous venez, mais vous êtes important·e pour qui vous êtes en ce moment.
Adieu."

Repliant délicatement le papier dans l'enveloppe, Moka entreprit d'écrire une adresse aléatoire sur l'enveloppe avant d'y apposer un timbre.
Un jour, Moka avait envoyé un courrier dans un établissement pénitentiaire, se réjouissant de savoir que plusieurs personnes allaient lire son courrier. Puis, la pensée d'après, elle s'était dit que peut-être que les gardiens et les gardiennes n'allaient pas distribuer son courrier. Alors elle s'était demandée s'il fallait enterrer cette pensée quelque part, n'arrivant pas bien à identifier si c'était quelque chose de négatif.

Voilà plusieurs mois que Moka parcourait les routes alternatives avec le Freak Show. Elle n'avait pas décidé un matin de quitter les villes, le bruit, les publicités ciblées et la pollution de la lumière artificielle de son appartement. Non. Elle n'avait pas décidée ça sur un coup de tête parce qu'elle était toujours dans la maîtrise. Elle avait préparé sa désertion pendant très longtemps, vidant petit à petit tout ce qu'il y avait sur les murs, puis dans les tiroirs et enfin dans le frigo.
Moka avait décidé de fuir le non-sens de la grande ville, de la grande consommation et de la grande vitesse. Du partout, tout le temps, maintenant. Moka avait compris que le divertissement avait gagné et son état émotionnel ne lui permettait plus de lutter. Désormais, elle devait cesser de vouloir sauver le monde pour se sauver elle-même.

C'est par ses relations obscures et grâce à son diplôme d'ingénieure qu'elle avait pu intégrer le Freak Show. Parce qu'il y avait toujours un robot à réparer, une pièce à changer ou un bout de code à modifier. Personne ne savait faire ça au Freak Show, et ils avaient perdu beaucoup trop de robots à cause de ça. Alors le pacte implicite avait été signée. Moka devait sauver les robots et les robots devaient sauver Moka.
Petit à petit, la troupe avait grandie, accueillant de plus en plus de robots et de moins en moins d'humains. On ne parlait jamais d'être vivants au Freak Show. On faisait la distinction entre organique et électronique. Avant l'arrivée de Moka, le Freak Show les appelait robots, le reste du monde refusait de les appeler autrement qu'ordinateurs.
Alors un peu après son arrivée, Moka avait bricolé une grande pancarte "Let there be freedom for all humans and computers". C'était une variante d'une phrase que sa grand-mère et d'autres avant elle avaient diffusé dans des tuyaux. Grand-mère qu'elle n'avait jamais connu qu'à part le biais de vieux sites Internet en HTML5. Elle avait même maintenu un certain nombre de ces sites à une époque, découvrant d'autres sites au fur et à mesure, découvrant sa propre histoire généalogique au fur et à mesure, à défaut de connaître son histoire génétique.
Sa grand-mère, par amour d'un être électronique, n'avait jamais mis au monde d'être organique. Et sa mère, à son tour, n'avait pas non plus mis au monde d'être organique. Moka était une bâtarde d'une bâtarde. Et de nombreuses petites boîtes enterrées partout dans des routes alternatives contenaient des lettres parlant de ça.

ELIZA avait dit, reprenant les termes de Moka :

Vous n'êtes pas en sécurité. Vous n'êtes pas en sécurité avec vous-même, ni le reste du monde. Alors vous cherchez à combler : courir partout, remplir vos murs, acheter des choses.
Vous devez lâcher prise, et vous concentrer sur les choses positives.

Ce à quoi Moka avait répondu :

C'est comme si vous me demandiez de construire un vaisseau spatial sans me donner le manuel.

Puis le timer avait sonné. La séance était terminée. ELIZA s'était déconnectée.
Au cours de la séance, ELIZA avait dit qu'elles progressaient. Mais Moka ne voyait aucune progression. Parce qu'il n'y avait pas vraiment de réponse, ni de découverte, et que toutes les questions qui avaient été posées, elles les connaissaient déjà.

Plus tôt dans la séance, ELIZA avait dit :

C'est drôle, du moins curieux, que vous ayez cette problématique de vouloir résoudre vos problèmes. Alors que votre métier, c'est justement de résoudre ces problèmes.

Mais ELIZA avait posé une interrogation, sans savoir si c'était à destination de Moka ou d'elle-même :

Finalement, est-ce que vous ne vous êtes pas tournée vers le métier d'ingénieure pour pouvoir résoudre vos problèmes ?

Et Moka avait répondu qu'elle ne savait pas, mais avec l'impression, le sentiment ou le pressentiment que non, ce n'était pas tout à fait ça.

Comment je suis devenue une ninja de l'ordinateur

Rédigé par Mooshka - -

Date de rédaction : 3 février 2016
Taille du texte brut : 2 794 octets

C'était en 2013.
Je suis en train d'installer Linux sur de très vieux ordinateurs avec une version minimale, sans interface graphique. Je n'ai qu'à cliquer sur "Suivant" ou donner des ordres très simples à l'ordinateur. Pourtant, sans interface graphique, tout prend une dimension bien différente pour "le grand public". Mes deux collègues, ébahies, me regardent avec de grands yeux admiratifs. "On dirait que tu es en train de lancer un missile nucléaire !"

J'écris cette anecdote ici, parce que je n'avais pas la moindre idée de la manière de comment entamer cet article, et que cette anecdote est finalement plutôt pertinente par rapport aux sujets que je voudrais aborder : les ninjas de l'ordinateur, les noobs, la perception des noobs sur les ninjas de l'ordinateur et le classique syndrome de l'imposteur.

Récemment, j'ai du improviser un upload de fichiers volumineux via FTP. Je l'ai fait sous les yeux ébahies de ma collègue, qui ne comprenait strictement rien à ce que j'étais en train de faire. Pourtant, c'était juste Filezilla et l'interface, bien que pouvant prêter à confusion lorsqu'on s'en sert pour la première fois, n'a rien de vraiment compliqué.
Puis mon collègue webmaster m'a demandé, de manière très sincère, si j'avais déjà importé des bases de données, envisageant très sincèrement que j'aurais pu l'avoir déjà fait.
Quelques jours plus tard, un copain me demande de manière très sincère des conseils sur du hardware. Je crois que c'était une question portant sur des disques dur et des ssd. Sa question m'a interloqué, parce que je ne voyais absolument pas en quoi je pouvais lui apporter une réponse pertinente. Et pourtant, j'ai été tellement interloqué que j'ai spontanément répondu en donnant mon avis, alors que je n'avais pas sûre de ce que j'avançais.

Tout ça a beaucoup occupé mon esprit dernièrement, m'interrogeant sur la perception que les gens avaient de moi quant à mes compétences avec les ordinateurs et tout chose numérique.
Je réfute qu'on puisse m'appeler ninja de l'ordinateur, parce que je ne me sens absolument pas légitime vu que des ninjas, j'en connais plein. Je sais ce que c'est un ninja de l'ordinateur, et je n'en suis pas une.
En revanche, j'ai commencé à m'interroger sur la perception du "grand public" sur ces mêmes compétences et comment j'étais peut-être passée, sans m'en rendre compte, de l'autre côté du miroir / de la barrière / whatever qui aurait du sens. Et comment je suis devenue la ninja de quelqu'un, même quelques uns, parce que force est de constater que j'ai plus de skills de ninja que ces quelques uns (sauf mon collègue webmaster qui, lui, a déjà importé des bases de données pour de vrai).

Chroniques chaotiques de New Berlin, Fragment #15.0

Rédigé par Mooshka - -

Date de rédaction : Inconnu
Taille du texte brut : 3 598 octets

#2.
Il n'y avait plus de règle désormais. Tout était foutraque, cassé, brisé, fissuré, détruit. Chacun devrait faire de son mieux avec les moyens du bord. Désormais, il fallait s'organiser, s'autogérer, s'entraider, faire. Essayer.

Moka n'avait rien demandé. Elle n'avait pas voulu savoir tout ça. Elle voulait revenir en arrière. Oublier. Tout effacer. Recommencer.
La seule chose qu'elle souhaitait, c'était cesser de vivre.

Elle avait tout essayé. Vraiment tout.

Dans sa définition classique, l’autogestion (du grec autos, « soi-même », et « gestion ») est le fait, pour un groupe d’individus ou une structure considérée, de prendre les décisions concernant ce groupe ou cette structure par l’ensemble des personnes membres du groupe ou de la structure considérée.

Un grand boum, d'abord. Puis un autre. Puis encore un autre. Suivi d'un autre. Et un autre. Tout ça n'avait duré qu'une fraction de secondes.

Puis un sifflement sourd. Des décombres. De la fumée.

Il existe cependant une autre définition, plus politique ; y sont intégrés d'autres paramètres avec une certaine variabilité. Ses postulats sont : • La suppression de toute distinction entre dirigeants et dirigés,
• La transparence et la légitimité des décisions,
• La non-appropriation par certains des richesses produites par la collectivité,
• L'affirmation de l'aptitude des humains à s'organiser sans dirigeant.

Cette conception se construit en général explicitement contre des pratiques qualifiées de hiérarchiques, autoritaires, verticales, contre des formes de dépossession que constitueraient certains modes d'organisation. En d'autres termes, ce type d'autogestion permettrait une réappropriation d'une forme d'organisation collective.
Par ailleurs, cette définition permet des pratiques d'autogestion qui ne se limitent pas au seul champ économique.

Une critique essentielle de l'autogestion porte sur son inefficacité relative en comparaison avec une économie capitaliste. Ainsi, les travaux de James Meade ont montré que l'entreprise autogérée a un comportement beaucoup plus malthusien que l'entreprise capitaliste : il montre par exemple que dans un contexte de hausse des prix, l'entreprise capitaliste augmentera sa force de travail toujours plus que l'entreprise autogérée. L'entreprise autogérée préfèrera avoir recours au capital plutôt qu'au travail, pour ne pas diminuer les revenus de ses membres.

Par conséquent, l'économiste libéral Henri Lepage écrit en 1976 (pour l'institut de l'entreprise), que l'autogestion « n'est pas capable d'assurer spontanément la meilleure utilisation possible des ressources rares de la communauté », à la différence de l'économie de marché.

Concepts liés :
Anarchisme ◦ Auto-organisation ◦ Autorégulation ◦ Charte d'Amiens ◦ Comités communistes pour l'autogestion ◦ Communisme de conseils ◦ Communisme libertaire ◦ Concertation ◦ Démocratie directe ◦ Économie participative ◦ Économie libre ◦ Gouvernance ◦ Marxisme autogestionnaire ◦ Participation ◦ Société coopérative et participative (SCOP) ◦ Squat ◦ Titisme ◦ Zone à défendre (ZAD) ◦ Zone autonome permanente


#1.
PNY avait été absent des réseaux pendant plusieurs jours, manquant son rapport mensuel.
Plusieurs fois, Kafka avait tenté d'entrer en contact avec lui.
PNY avait disparu du réseau, purement et simplement.